Lettre adressée à l’honorable Ralph Goodale, C.P. concernant la réponse du Canada aux familles du vol PS752 d’Ukraine International Airlines

 

Par courriel

Le 7 avril 2020

L’honorable Ralph Goodale, C.P.
Conseiller spécial du premier ministre chargé de la réponse à la tragédie du vol PS752 d’Ukraine International Airlines

c. c. :
L’honorable David Lametti, C.P., c.r., ministre de la Justice et procureur général du Canada
L’honorable François-Philippe Champagne, C.P., ministre des Affaires étrangères

 

Monsieur,

 

À titre d’ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels, je vous écris au sujet de la réponse du Canada aux familles dont la vie a été changée à jamais par la destruction du vol PS752 d’Ukraine International Airlines.

J’applaudis la réponse initiale, qui tenait compte des besoins des familles en matière de soins immédiats et de renseignements clairs et opportuns sur l’accident par la création d’un portail de renseignements privé pour les familles, d’une ligne d’assistance téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, d’un service de consultation d’urgence, d’un accès à des conseils juridiques gratuits et par l’offre de fonds aux familles pour les aider à répondre à d’autres besoins immédiats. J’ai également été heureuse de voir la création récente de votre poste de conseiller spécial, afin d’examiner les leçons tirées du vol PS752, tout en élaborant des pratiques exemplaires pour les interventions à l’avenir. Je crois qu’il est important que les efforts et l’attention continuent d’être consacrés à cette tragédie au milieu de la pandémie mondiale de la Covid-19.

J’espère que votre mandat comprendra l’examen de l’aide fournie aux familles des victimes. Nous vous exhortons à garder à l’esprit les besoins des Canadiens touchés par la violence à l’étranger au moment d’élaborer un cadre pour orienter les interventions du Canada en cas de catastrophes internationales à l’avenir.

Au Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels, nous savons bien que les victimes ont besoin de soins de longue durée et de soutien social, psychologique, financier et informationnel pendant des années et des décennies après un incident de cette ampleur. Cela peut prendre des semaines, des mois ou des années avant que les victimes demandent de l’aide, surtout si elles sont confrontées à des barrières linguistiques ou culturelles. Nous savons également que, lorsqu’une catastrophe survient à l’étranger, les Canadiens doivent relever des défis uniques pour obtenir un soutien, une indemnité et la justice en raison de problèmes de compétence[1].

Alors que les victimes et leurs familles apprennent à s’adapter à une nouvelle réalité, de nombreux défis se présentent. Nous avons appris de l’expérience du 11 septembre que :

  1. Les troubles cliniques, y compris les troubles de stress post-traumatique et les troubles liés au chagrin, sont courants, ce qui souligne la nécessité de promouvoir l’accès à long terme à des services de counseling et de soutien psychologique gratuits.
  2. La victimisation secondaire et le nouveau traumatisme peuvent découler de procédures juridiques déroutantes, tardives ou étrangères et d’une bureaucratie peu réceptive. Nous avons également récemment vu l’intimidation à laquelle font face certaines familles comme un obstacle à la justice.
  3. L’absence d’indemnisation adéquate, en particulier lorsque la source de revenus familiale est tuée, peut entraîner des difficultés négatives à long terme pour les victimes et certains ne retrouveront jamais la stabilité financière.

Pour promouvoir la guérison et le rétablissement des victimes, il est important que le gouvernement fédéral élabore une approche pangouvernementale pour les supporter et les soutenir. Il est essentiel pour les ministères qui prennent part à l’intervention qu’ils collaborent, échangent des renseignements et éliminent des cloisonnements afin qu’ils puissent réellement fournir des réponses axées sur les victimes et tenant compte des traumatismes aux familles touchées. Je souhaiterais vous rencontrer le plus tôt possible pour discuter de votre travail et de la façon dont mon Bureau pourrait vous aider et appuyer vos efforts pour élaborer un cadre d’intervention axé sur les victimes.

À ce jour, la réponse du Canada aux événements tragiques du vol PS752 est encourageante et j’espère qu’elle appuiera la guérison et la résilience des familles des victimes. J’attends votre réponse avec impatience.

Veuillez agréer, Monsieur Goodale, l’expression de mes salutations distinguées.

 

Heidi Illingworth
Ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels

 

 

[1] Les services aux victimes et les programmes d’indemnisation sont offerts par les provinces et les territoires et, par conséquent, ils n’ont pas le mandat d’aider les Canadiens victimes de violence à l’extérieur de leur province ou de leur territoire.